La
tradition a souvent voulu donner le dernier mot à l’écrivain
: depuis l’Antiquité, avec Philostrate, parce que
la critique était censée dépasser les apparences
en dégageant un sens et une morale quand l’artiste
était soupçonné de ne faire que représenter
des formes par d’autres formes. Régulièrement,
les artistes ont remis en cause cette conception en imposant leur
vue et l’idée que les médiateurs empêchent
de voir les œuvres et de les apprécier comme elles
devraient l’être. Ils ont régulièrement
mis en crise les hiérarchies : au début du 20e siècle
en particulier, les avant-gardes ont non seulement bouleversé
les formes mais aussi la façon dont elles étaient
apprises, présentées, vendues, commentées.
Ainsi, nous dit Olga Medvedkova, dès 1901, Kandinsky s’en
prend violemment à la critique, et plus généralement
à tous les médiateurs accusés de parasitisme.
Elitza Dulguerova, révèle quant à elle la
puissance du cas de Tatline avec son Exposition futuriste
Magasin à Moscou en 1916 qui remet en cause les règles
de la scène artistique en matière d’économie
de l’art.
Ces
deux recherches très originales nous révèlent
un aspect majeur de la fonction critique des artistes non pas
étrangers à la politique de l’art mais agents
actifs de sa mise en œuvre.
Laurence
Bertrand Dorléac