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LE
MARCHÉ, À L'ORIGINE
Cham,
« Promenade au salon », Le Charivari, 15
mai 1859.
Jérôme
Poggi
Peinture à voir versus Peinture à vendre
:
L'exposition payante comme alternative à la marchandisation
de l'oeuvre d'art sous le Second Empire.
Dominique Sagot-Duvauroux
Les modèles économiques de la culture.
Direction
: Laurence Bertrand Dorléac
Rédaction : Élodie Antoine
Traduction : David Ames Curtis
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EDITORIAL
Il faut attendre
le 17e siècle pour voir l’art n’être
plus seulement l’objet d’échanges isolés
en vue d’enrichir le trésor des églises et
des princes. Désormais, il se donnera en marchandise à
des institutions capables d’assurer la visibilité
des transactions en rendant possible la comparaison des prix et
donc la concurrence entre les acheteurs. Même si l’on
sait l’existence d’une première vente aux enchères
à Venise dès 1506, ces institutions se multiplient
aux Pays Bas et le système des transactions se met en place
à ce moment-là, puis à Londres et à
Paris qui devient une place forte à partir de la fin du
18e siècle, où se négocient des objets venus
de partout. Encore très peu de ventes aux enchères
sont organisées jusqu’en 1730, une par mois dans
les années 1760 mais déjà presque une par
semaine dans les années 1780.
Pour les galeries, Watteau nous a laissé la fameuse enseigne
de Gersaint qui exposait à la fois des tableaux, des sculptures
et des objets d’histoire naturelle. On voit bientôt
émerger la figure du marchand, souvent préparé
à être peintre ou graveur, expert donc, à
la fois artiste et commerçant, ce qui ne surprendra pas
les connaisseurs du 19e siècle. Jérôme Poggi
nous présente à cet égard des sources neuves.
Son étude singulière des « antichambres
de la modernité » sous le Second Empire montre
les métamorphoses du monde de l’art et de son marché
dont nous savions qu’elles se nourrissaient de la décrépitude
du Salon mais pas à ce point de l’hésitation
entre deux modèles opposés. Les expérimentations
les plus audacieuses de nouveaux modes de commerce par les artistes
eux-mêmes s’appuyaient alors sur les résistances
les plus vives à la marchandisation. Elles naissaient
dès l’origine du marché moderne et puisaient
naturellement aux utopies de la génération de la
révolution de 1848.
Louis Martinet,
dans la lignée saint-simonienne et fouriériste s’illustra
dans cet esprit en donnant à voir plutôt
qu’à vendre les grands artistes du temps :
Ingres, Manet, Delacroix, Corot, Rousseau, Millet, Courbet ou
Carpeaux. Il imagina de réunir tous les arts dans une galerie
qui serait aussi un lieu vivant de rencontre, un boudoir, une
salle de concert. Il échoua si l’on veut comme échoueront
à l’avenir les révolutionnaires dont le projet
ne sera pas étranger à ces antécédents
—, en particulier en France dans les années 1960.
Il dut renoncer mais l’idée n’en fut pas épuisée
pour autant, ni le sentiment largement partagé selon lequel
l’art n’est pas une marchandise comme une autre mais
un objet original digne d’un système d’échange
singulier.
Dominique Sagot-Duvauroux dialogue avec Jérôme Poggi
et il éclaire en fin connaisseur de l’économie
culturelle la crise actuelle des modèles traditionnels,
où l’on voit renaître les débats et
les expérimentations du 19e siècle dans un souci
de mouvement qu’il n’oppose pas aux passions réformatrices
du Second Empire.
Laurence
Bertrand Dorléac
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