ARTS & SOCIÉTÉS
 

LETTRE DU SÉMINAIRE 10

Centre d’Histoire de Sciences Po

 
 
 

LE VOYAGE DES AVANT-GARDES

Diagramme des mouvements artistiques, Alfred H. Barr, Museum of Modern Art, 1936.

Béatrice Joyeux-Prunel
Le "nul n'est prophète en son pays" des avant-gardes parisiennes : un transfert culturel et ses quiproquos.


Laure-Caroline Semmer
Naissance de la figure du père de l'art moderne : Cézanne dans les expositions internationales 1910-1913.


Direction : Laurence Bertrand Dorléac
Rédaction : Élodie Antoine
Traduction : David Ames Curtis

LETTREs PRÉCÉDENTEs

L'INFLUENCE DES SAINTS-SIMONIENS ET L'IDÉE D'UN ART EN AVANT-GARDE DE LA RÉFORME DU MONDE

la morale du corps

masculins feminins

L'enfant modèle

Le beau et l'utile

ENTRE UTOPIE ET MARKETING, LES NOUVEAUX PUBLICS

PHOTOGRAPHES EN AMATEURS

Le marché, à L'origine

l'art en république



 
EDITORIAL


        Nous savions le rôle de l’Armory Show de 1913 dans l’exportation outre-Atlantique de la modernité européenne. A l’initiative des artistes eux-mêmes, un certain nombre de peintres venus de l’étranger y sont consacrés comme des précurseurs, et surtout Cézanne qui profitait de la vague d’exportation de l’Impressionnisme au-delà des frontières françaises, avant d’incarner un modèle d’artiste autonome échappé à tout mouvement.

        Avant cela, dès 1870, le marchand Durand-Ruel avait présenté pour la première fois des œuvres de Monet et de Pissarro dans sa galerie de New Bond Street à Londres, où le seul art étranger que l’on aimait se limitait à l’école de Barbizon. En fait, les impressionnistes eurent autant de mal qu’en France à se faire accepter en Angleterre et Pissarro se plaint en 1871 de l’inhospitalité des Anglais, de la grossièreté, de l’indifférence et de la jalousie égoïste de ses confrères. Il suffira pourtant de quelques décennies, du développement d’une presse spécialisée de qualité et de l’émergence de critiques inspirés, pour que les peintres modernes s’imposent en Angleterre. Entre temps, le cas anglais — mais c’est encore plus flagrant en Allemagne —, montre à quel point l’histoire de l’art croise les questions d’identité. La nationalité est influente et surtout pour les adversaires de la modernité qui voient en celle-ci un facteur de trahison du consensus national. Laure-Caroline Semmer a restitué ces enjeux dans sa thèse sur la réception de Cézanne à l’étranger en montrant à quel point le peintre fut instrumentalisé de tous côtés, pour rallier les causes les plus contradictoires.

        Si Cézanne ne fut guère stratège autrement que dans le champ de sa passion, d’autres artistes eurent davantage conscience des enjeux de leur carrière. C’est l’un des sujets de prédilection de Béatrice Joyeux-Prunel qui étudie les modalités de l’internationalisation de la peinture des avant-gardes parisiennes de 1855 à 1914. Son approche sociologique invite à ouvrir les yeux sur la place du détour par l’étranger des artistes qui n’avaient pas toujours de pleine légitimité dans leur propre pays. Ce qui rappellera forcément la longue énumération des voyages de Buren dans ses Ecrits, entre septembre 1978 et juillet 1979 — ce n’est qu’un début :

« Paris - New York : 14 septembre 1978
New York – Halifax (Canada) : 25 septembre 1978
Halifax –Montréal : 2 octobre 1978
Montréal – New York : 5 octobre 1978
New York – Philadelphie : 18 octobre 1978
Philadelphie — New York : 19 octobre 1978
New York – Paris : 20 octobre 1978
Paris – Cologne : 23 octobre 1978
Cologne – Paris : 25 octobre 1978
Paris – Liège : 26 octobre 1978
Liège – Paris : 26 octobre 1978
Paris – Zurich : 1er novembre 1978
Zurich – Milan : 2 novembre 1978
(…) Etc. ».


Laurence Bertrand Dorléac




Lettre publiée avec le concours de la Fondation de France

Contact