ARTS & SOCIÉTÉS
 

LETTRE DU SÉMINAIRE 11

Centre d’Histoire de Sciences Po

 
 
 

LES GRANDES EXPOSITIONS

Inauguration de la première Biennale Internationale de Pekin, 2003.

Paul Ardenne
Art contemporain et système global


Olivier Berggruen
Le temps des mutations


Direction : Laurence Bertrand Dorléac
Rédaction : Élodie Antoine
Traduction : David Ames Curtis

LETTREs PRÉCÉDENTEs

L'INFLUENCE DES SAINTS-SIMONIENS ET L'IDÉE D'UN ART EN AVANT-GARDE DE LA RÉFORME DU MONDE

la morale du corps

masculins feminins

L'enfant modèle

Le beau et l'utile

ENTRE UTOPIE ET MARKETING, LES NOUVEAUX PUBLICS

PHOTOGRAPHES EN AMATEURS

Le marché, à L'origine

l'art en république

le voyage des avant-gardes



 
EDITORIAL


        Dans son Musée éphémère, Francis Haskell regrettait l’hégémonie nouvelle des grandes expositions d’art et ses conséquences néfastes. Il rappelait la genèse des modalités de circulation des œuvres, et, à partir du début du 20e siècle : les premiers prêts de tableaux pour les expositions internationales prestigieuses, les liens naissants entre les musées et les institutions, le rôle des nationalismes.

        L’exposition a toujours été un lieu de légitimation et de régulation de la vie artistique et du marché. L’histoire remonte au 17e siècle et aux premiers salons, organisés par la jeune Académie des peintres et des sculpteurs qui voulait endiguer un mouvement d’autogestion par les artistes. Vers le milieu du 17e siècle, un certain Martin de Charmois se plaignait ainsi devant la famille royale des artistes qui voulaient échapper à leur statut d’artisans en tenant boutique et en assurant leur propre marché.

        On connaît la suite avec les salons organisés par une puissante Académie finalement doublée par des jurys plus ouverts à des normes de sélection différentes. Du régime assez simple encore, touchant un monde encore assez restreint et homogène, nous sommes passés à une situation toujours plus complexe, avec toujours plus d’acteurs, de lieux et d’objets, à l’usage de populations de plus en plus nombreuses. Il suffit de voir combien les Biennales ont proliféré depuis les années 1990, s’affirmant comme de véritables phénomènes artistiques mais aussi touristiques, diplomatiques, économiques et politiques.

        Paul Ardenne et Olivier Berggruen, historiens de l’art et commissaires d’expositions, ont une longue expérience des événements qui scandent la vie artistique internationale. Leur bilan est informé et critique : accélération, globalisation, uniformisation des normes de légitimation et des lieux de présentation, métissage des institutions devenues interchangeables, prééminence de la foire, du spectacle et de l’économie, élitisme et populisme conjugués, échanges inégaux entre l’Occident et ses partenaires.

        À cet égard, des îlots de résistance existent — sinon des brèches — mais la condition politique de l’art semblera pour certains largement déterminée par des positions qui pourraient viser davantage à maintenir un exotisme de pacotille qu’à inventer un vrai dialogue avec de nouveaux arrivants sur le marché. D’autres verront l’extension du domaine de l’art comme un lieu de tension privilégié où se reposent inlassablement les questions d’identité et de pouvoir en brisant les fiefs et en actionnant la pensée du monde.

Laurence Bertrand Dorléac




Lettre publiée avec le concours de la Fondation de France

Contact