Contrairement
à ce qu’avait déclaré Barnett Newman,
on ne repart jamais à zéro même s’il
est vrai que « les vieux trucs étaient dépassés
», dans la crise profonde générée par
la Seconde guerre mondiale et tout ce qui l’avait précédée.
Deux expositions viennent de repenser la situation de l’après-guerre
à nouveaux frais. La plus récente, au Musée
des Beaux-Arts de Lyon où sa conservatrice Sylvie Ramond
avec Eric de Chassey ont dressé un tableau intelligent
en présentant des œuvres et des artistes pour une
part jusque-là méconnus : Américains de la
côte ouest, Polonais ou Allemands anti-nazis échappés
à la censure, etc.
Au MACBA de Barcelone,
Be-Bomb était imaginée juste avant par notre invité
Serge Guilbaut dont les écrits sont essentiels pour comprendre
les bouleversements de la scène artistique. S’appuyant
sur un certain nombre de textes, dont son fameux livre décapant
publié en 1983 aux Etats-Unis — Comment New York
vola l’idée d’art moderne — Serge
Guilbaut reprend le dossier dans son exposition éclairante
où les œuvres et les débats étaient
réactivés par une présentation très
vivante et documentée de nombreux films, archives, revues
ou manifestes. Il montre à quel point l’art n’a
rien d’une activité neutre mais constitue au contraire
un territoire de luttes acharnées où s’affrontent
des conceptions du monde opposées. Que les unes aient gagné
contre les autres ne suffit pas à l’auteur qui veut
montrer pourquoi et comment en confrontant des œuvres et
des documents avec la délicatesse due à l’art
mais aussi à l’histoire largement oubliée
dans le palmarès final de nos jugements de goût.
Laurence
Bertrand Dorléac