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L'ARTISTE
ET LE PHILOSOPHE

Allan
Kaprow, Fluids, octobre 1967, photo Dennis Hopper
Sophie Delpeux
et Gilles Tiberghien
L'art comme expérience
Direction
: Laurence Bertrand Dorléac
Rédaction : Élodie Antoine
Traduction : David Ames Curtis
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EDITORIAL
La
figure majeure d’Allan Kaprow rappelle ce moment des années
1950-1960 où le discours moderne formaliste se fissure
au profit de positions moins établies. L’heure est
alors venue d’imposer avec de plus en plus de chance d’être
comprise, une critique radicale des conditions de la scène
artistique ; de vouloir un bouleversement de la vie quotidienne,
la réconciliation de l’art et la vie, la rupture
avec la position dévoyée d’un spectateur demeuré
bêtement passif.
Représentant
de ce qui deviendra Fluxus, dans le sillage de John Cage à
la New School for Social Research (où il a séjourné
de 1956 à 1958), Kaprow défend une forme de happening
qui, dès 1959 et ses Eighteen Happenings in Six Parts,
préconise une démarcation entre art et vie aussi
fluide et aussi indistincte que possible.
L’idée
de fusionner l’art et la vie dans un esprit de renaissance
permanente, prenait racine aux Etats-Unis dans le XIXe siècle,
chez Emerson, Thoreau, ou Whitman, même si la condition
contemporaine passait après eux par des formes de désacralisation
que n’auraient sans doute pas admises ces pionniers. Entre
temps, le philosophe pragmatiste John Dewey aura pris la relève
et réclamé des artistes la continuité des
œuvres d’art, des événements et des minuscules
choses de la vie quotidienne qui fondent l’expérience.
Dans son ouvrage
le plus important publié dans les années 1930 :
Art as Experience, Sophie Delpeux et Gilles Tiberghien
voient comme un manuel pour Kaprow en prenant la mesure du dialogue
qui s’établit entre l’artiste et le philosophe,
au-delà de contextes historiques modifiés.
Ce faisant, ils posent la question qui nous revient sans cesse
de savoir à quoi sert un texte pour un artiste : un texte
de philosophie.
Laurence
Bertrand Dorléac
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