«
Tout est chez nous comme dans une foire » écrit le
stoïcien Epictète, « on y amène des bêtes
de somme et des bœufs pour les vendre et la plupart des hommes
y sont acheteurs ou vendeurs. Mais un petit nombre d’entre
eux viennent à la foire comme à un spectacle, pour
voir comment cela se passe, pourquoi cette foire, qui l’a
instituée et à propos de quoi elle a été.[1]
» Raconter la foire avant de partir, c’est aussi le
rôle de l’historien de l’art qui s’intéresse
au marché: nos séminaires de cette année
seront largement consacrés aux économies alors que
les événements renvoient déjà au passé
un certain nombre de modalités liées à la
financiarisation croissante du monde de l’art.
Nous commençons
par l’exposition sur l’argent d’Elizabeth
Lebovici et de Caroline Bourgeois parce qu’elle nous permet
d’entrer dans le sujet par les œuvres qui ont été
depuis une trentaine d’années largement occultées
au profit de leur valeur financière : l’euphorie
a décuplé la possibilité de les oublier au
profit du « marché » qui avait fini par être
considéré comme le maître de cérémonie.
Tobias Meyer, expert chez Sothebys, aurait déclaré
que « l’art le meilleur est le plus cher, parce que
le marché est très intelligent » (Le Journal
des arts, printemps 2008).
La qualité
de cette présentation au Plateau, faite avec les moyens
du bord, ouvrait sur des questions essentielles en montrant à
quel point les artistes ont travaillé sur les liens économiques,
jusqu’à fonder leur propre entreprise.
[1]
Epictète (Hiérapolis, 50, Nicopolis, 125 ou 130),
Entretiens, II, Pleïade, pp. 916-917.
Laurence
Bertrand Dorléac