ARTS & SOCIÉTÉS
 

LETTRE DU SÉMINAIRE 15

Centre d’Histoire de Sciences Po

 
 
 

JOSEPH BEUYS : LA FABRIQUE D'UN CHAMAN


Maïté Vissaut
Mythe, identités et politiques culturelles dans l'après-guerre : Le cas de la réception de l'œuvre de Joseph Beuys


Jean-Philippe Antoine
Joseph Beuys : Antimythe ?



Direction : Laurence Bertrand Dorléac
Rédaction : Élodie Antoine
Traduction : David Ames Curtis

LETTREs PRÉCÉDENTEs

L'INFLUENCE DES SAINTS-SIMONIENS ET L'IDÉE D'UN ART EN AVANT-GARDE DE LA RÉFORME DU MONDE

la morale du corps

masculins feminins

L'enfant modèle

Le beau et l'utile

ENTRE UTOPIE ET MARKETING, LES NOUVEAUX PUBLICS

PHOTOGRAPHES EN AMATEURS

Le marché, à L'origine

l'art en république

le voyage des avant-gardes

Les grandes expositions

Qu'est-ce qu'un art social ?

PRIMITIVISMES

réalismes



 

 

                                                                                                                                        EDITORIAL


        Dans l’Allemagne qui sortait du nazisme, Joseph Beuys sut efficacement capter l’attention du public et des médias en revenant sur la catastrophe. Son retour spectaculaire n’a de sens qu’en souvenir du monde de violence auquel il avait lui-même participé : il s’occupa désormais de renouveler la scène artistique et politique en s’identifiant à la figure du Christ, dans un processus d’expiation qui, dans la tradition romantique détournée, charge l’artiste d’une mission sacrée.
        Chacun y verra ce qu’il voudra bien y voir : ses fidèles, le travail de deuil sincère d’un Allemand qui a combattu dans la Wehrmacht, mage contemporain et détenteur d’un savoir supérieur, ennemi du matérialisme de la société capitaliste et grand professeur animé d’un esprit de provocation, ayant su réinventer sa propre histoire à l’usage des autres; ses critiques, la construction futée d’une nouvelle identité nationale avantageuse, au moment où l’Allemagne abolissait l’histoire nazie dans le miracle économique de la République fédérale, la naissance d’un nouveau type d’artiste-gourou politique, appliqué à faire adhérer son public à coup d’archétypes éculés : du sol à la langue germanique (étendue à la famille celtique), la seule à pouvoir régénérer. Autrement dit, l’auteur d’une œuvre-symptôme, née d’un traumatisme de guerre et d’une idéologie nationale-romantique qui ne réussit pas à s’affranchir de son particularisme héroïque.
        Ces deux positions sont ici représentées, la seconde par Maïté Vissault, auteure d’une excellente thèse à paraître sur La problématique de l’identité allemande à travers la réception de l’œuvre de Joseph Beuys ; la première, par Jean-Philippe Antoine, dont l’ouvrage sur Beuys sera publié prochainement.
        Leurs points de vue sont quasiment inconciliables tant leurs méthodes d’analyse divergent en laissant poindre des différences majeures de conception de l’art et de la fonction de l’art en société.

Laurence Bertrand Dorléac




Lettre publiée avec le concours de la Fondation de France

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