Les surréalistes
ont réinventé l’idole des origines. Ils ont
rêvé leur primitif à l’écart
de la science et de la réalité en retrouvant curieusement
les voies de l’histoire. Dès les années 1920,
ils furent parmi les tout premiers à se révolter
contre le servage des peuples non-occidentaux en appelant, non
pas au nom des bons sentiments à tempérer les modalités
de leur servage mais à condamner radicalement les conditions
mêmes du colonialisme.
L’histoire de l’art retient surtout la passion d’André
Breton pour les masques esquimaux, indiens, des mers du sud ou
les poupées des Indiens Hopis de l’Arizona dont il
gardait de beaux spécimens. C’est qu’il admirait
leur valeur expressive et poétique, celle-là même
qu’il recherchait partout comme autant de signes de vie
dans un monde moderne dont il dénonçait inlassablement
le désenchantement.
Car le fond du problème était moins l’autre
que soi-même pris dans les rêts d’un Occident
dont les poètes annonçaient inlassablement l’aliénation
et la décrépitude. Anti-modernes mais au cœur
même de la modernité, les surréalistes ont
ouvert la voie à des réflexions dont l’histoire
de l’art prend acte aujourd’hui.
Aby Warburg, Jean Laude et quelques autres ont dit l’apport
indispensable de l’anthropologie et de l’ethnologie
et combien le statut de l’artiste et de l’œuvre
était vacillant et forcément les critères
d’unicité, d’originalité, de supériorité.
A l’heure où le nouveau Musée du quai Branly
fait figure de boîte de Pandore en invitant au comparatisme
avec d’autres pays et d’autres formes de présentation
des collections, les remarquables études de Nélia
Dias, Sophie Leclerq et Maureen Murphy rouvrent le dossier d’une
identité instable.
Plus largement, c’est du malaise de la civilisation dont
il est question, malaise Michel Leiris avait relevé la
coexistence avec une culture où tout semblait être
dit parce que l’on était parvenu à un certain
développement technique mais où pareil développement
n’avait été rendu possible qu’en étouffant
certaines aspirations à l’infini.