ARTS & SOCIÉTÉS
 

LETTRE DU SÉMINAIRE 20

Centre d’Histoire de Sciences Po

 
 
 

GÉNIE


Bruno Moysan
Le génie, le talent et la réputation, constructions de l’expérience du manque et de la dette ?


Pierre-Michel Menger
Le génie artistique et son analyse par les sciences sociales.
Une application au cas de Beethoven.


Direction : Laurence Bertrand Dorléac
Rédaction : Élodie Antoine
Traduction : David Ames Curtis

LETTREs PRÉCÉDENTEs

L'INFLUENCE DES SAINTS-SIMONIENS ET L'IDÉE D'UN ART EN AVANT-GARDE DE LA RÉFORME DU MONDE

la morale du corps

masculins feminins

L'enfant modèle

Le beau et l'utile

ENTRE UTOPIE ET MARKETING, LES NOUVEAUX PUBLICS

Le marché, à l'origine

le voyage des avant-gardes

Les grandes expositions

Qu'est-ce qu'un art social ?

PRIMITIVISMES

réalismes

Joseph beuys : la fabrique d'un chaman

L'artiste et le philosophe

appropriations

Alternatives au marché de l'art à New york



 
EDITORIAL


        Jean Starobinski voit le 18e siècle comme la scène d'un mouvement de liberté inouïe qui s’épanouit en un scintillement tragique. C’est le moment où Diderot fait du génie une âme particulière, secrète et indéfinissable, sans laquelle on n’exécute rien de beau ou de très grand, un calculateur hors du commun, qui se remarque dans les grandes choses comme dans les petites, sorte d’esprit prophétique.

        La généalogie est très riche en matière de génie créateur depuis le monde ancien où pour les Grecs, le daimon, « dieu particulier», veillait sur les hommes, les lieux et les choses, alliant l’humain et le divin, jusqu’au monde moderne où Dieu absent, le créateur prend sa place. Il suffit de lire et d’entendre un certain nombre de discours sur l’art contemporain pour saisir le prolongement d’une conception romantique de l’être d’exception aux pouvoirs surhumains et dont la mission est calquée sur le modèle religieux.

        Nous avons demandé au sociologue Pierre-Michel Menger de revenir sur les différents types d’explication qui rendent possible la notion de génie appliquée aux artistes, à partir du cas Beethoven — il nous propose une réponse aux antinomies produites par les sciences humaines. Bruno Moysan, musicien et musicologue lui répond en écho en réfléchissant aux virtuosités de Liszt, dans la société en voie de démocratisation du 19e siècle, où l’artiste de génie se tient à égale distance du refus de la logique égalitaire démocratique et de l’essentialisme de l’aristocratie et de l’absolutisme.

Laurence Bertrand Dorléac




Lettre publiée avec le concours de la Fondation de France

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