ARTS & SOCIÉTÉS
 

LETTRE DU SÉMINAIRE 7

Centre d’Histoire de Sciences Po

 
 
 

PHOTOGRAPHES EN AMATEURS


Adolf Meyer, Etude allemande, 1893.

Christian Joschke
Conflits de légitimité culturelle.


Olivier Christin
Qu'est-ce qu'un amateur ?


Direction : Laurence Bertrand Dorléac
Rédaction : Élodie Antoine
Traduction : David Ames Curtis

LETTREs PRÉCÉDENTEs

L'INFLUENCE DES SAINTS-SIMONIENS ET L'IDÉE D'UN ART EN AVANT-GARDE DE LA RÉFORME DU MONDE

la morale du corps

masculins feminins

L'enfant modèle

Le beau et l'utile

ENTRE UTOPIE ET MARKETING, LES NOUVEAUX PUBLICS

Le marché, à l'origine



 
EDITORIAL


        Nous savions que la photographie était devenue un art à part entière à force de combattre pour sa légitimité sur le terrain même des Beaux-Arts : elle est aujourd’hui un élément central de la scène de l’art contemporain et de son marché. Nous ne savions pas comment elle avait pris place dans la société en participant de façon décisive à la réorganisation du monde depuis le 19e siècle.
        Nous connaissons le rôle important de l’appareil photographique dans l’homogénéisation des modes de vie modernes. Etrangement, nous ne savions pas grand chose des pratiques photographiques de l’amateur. Christian Joschke vient d’en faire le portrait dans une thèse novatrice où il montre un sujet moins égocentrique que prévu, engagé volontaire qui travaille à changer l’ordre du monde. Attentif à la situation allemande sous le règne autoritaire de Guillaume II, il montre de quelle façon, face à la menace d’éclatement de l’espace public, les bourgeois amateurs opposent aux valeurs traditionnelles de l’aristocratie leurs aspirations au progrès et au libéralisme. A partir des années 1890 surtout, les expositions, les concours, les manuels et les textes se multiplient pour imposer une photographie qui devrait être le bien commun des hommes éclairés.
        La culture allemande en sera modifiée : elle ne passera plus seulement par une communauté de langue mais par une communauté de regard. En déplaçant le politique, de l’explicite du contrat social à l’implicite de l’image, la bourgeoisie libérale a pourtant dangereusement confondu l’éthique et l’esthétique. Nous savons la postérité de ce mouvement enclenché à la fin du 19e siècle, et pas seulement dans le processus vicieux qui verra le nazisme s’appuyer massivement sur cette culture de l’image au profit de sa propagande intensive.
        Comment est-on passé du désir d’éduquer les foules à la volonté de les fasciner ?  C’est l’une des questions posées par Christian Joschke, à la croisée de l’histoire sociale, politique, des sciences et des techniques. Avec lui, l’histoire de l’art contribue à l’étude des mentalités.  Il s’inscrit ainsi dans la lignée pionnière de son interlocuteur Olivier Christin qui a étudié depuis longtemps le statut de l’image en Occident, en particulier dans son excellent livre : Les yeux pour le croire, les dix commandements en images (XVe-XVIIe siècles). En passant par l’histoire ancienne, Olivier Christin ouvre des perspectives inédites sur le pouvoir de l’image dans un monde contemporain dominé par le visuel, notre monde.

Laurence Bertrand Dorléac




Lettre publiée avec le concours de la Fondation de France

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