Au chapitre des combats en faveur de l'égalité devant la culture, le nom de Gaëtan Picon peut être cité, nous dit Agnès Callu, l'auteur d'une thèse sur ce « vaincu de l'histoire », qui aurait toujours essayé d'imposer un goût élitiste par la hauteur de choix audacieux et démocratiques dans la mesure où il milita pour que soit touché l'ensemble du pays, en particulier par le biais des Maisons de la Culture. Nietzschéen à la française, solitaire et finalement demeuré aux marges des débats contemporains, il laisserait malgré tout les traces légères d'un projet d'envergure, imaginé dès 1937, et mis en pratique (mais aussi entravé) comme Directeur des Arts et Lettres, sous le ministère de Malraux, à partir de 1959.
Le nouveau Directeur du Centre Pompidou-Metz, inauguré en mai 2010, Laurent Lebon, lui répond sur le mode du résultat, à la tête d'une expérience inédite qu'aurait peut-être approuvé Picon, dans le sillage de ce qu'a voulu et imposé Georges Pompidou pour Paris, en 1977. Du Centre interdisciplinaire né sur le plateau Beaubourg, le nouveau Musée de Metz serait la suite inspirée, non la doublure, fondé ailleurs, où l'atmosphère n'est pas la même, où l'histoire demande à être commencée à nouveaux frais, en partenariat avec des collectivités territoriales différentes, servi par une architecture transparente, conviviale, où sont mis en relation l'intérieur et l'extérieur — l'extérieur forcément modifié par cette présence ouverte à un public en construction dont on sait déjà qu'il dépasse de loin les habitués des institutions culturelles.