Faire
se rencontrer un acteur du monde de l’art et un économiste
spécialisé répond aux règles fixées
pour notre séminaire cette année. Simon Njami est
bien connu pour ses textes et ses expositions — nous lui
devons notamment la définition d’un sens de la contemporanéité
en Afrique par les Africains eux-mêmes et affranchie des
critères occidentaux. Il fait ici une lecture deleuzienne
des règles intransigeantes du marché de l’art
international.
L’économiste
Philippe Petit lui répond qu’il en va de l’art
comme du reste, à cette réserve près que
le monde économique — même s’il le voulait
— ne peut tout domestiquer. Il rappelle que la communauté
des économistes a bien du mal à définir ce
qu’est un marché et comment s’y forment les
valeurs : l’objet d’art lui semble y tenir une place
singulière, ne serait-ce que parce que la valeur qui lui
est assignée dépasse de loin sa simple financiarisation.
L’œuvre d’art serait alors, selon lui, une sorte
de rempart symbolique fondé sur une dimension empathique
et ouverte aux problèmes d’autrui qui la rendrait
propice à une appropriation citoyenne.
  Laurence
Bertrand Dorléac