Lors
du séminaire, Christian Joschke nous invitait à
mettre en relation le rapport qu’entretiennent les avant-gardes
avec le don et le regard porté par les sciences sociales
sur la circulation des biens et des valeurs. Il pointait une étrange
évolution. Dans les années 1930, puis dans les années
1960, le don ostentatoire et ritualisé par les avant-gardes
s’attaque à l'ordre social marchand, alors que dans
les années 1990, il en vient à l’éloge
du lien social établi par l'art. C’est que le don
a sensiblement changé de statut : il est passé de
la violence contre l’ordre marchand au geste positif, au
moment où les sciences sociales ont évolué,
d'une vision radicalement opposée à l'échange
marchand à une représentation du don qui s’inscrit,
malgré tout, dans les rapports marchands et non-marchands
qui structurent et dynamisent les relations de confiance entre
les acteurs sociaux. Fabien Danesi, étudiant la problématique
du don dans l'art contemporain comme forme critique affichée
de la marchandise distingue des variantes et s’accorde à
repérer une évolution historique qui va de la violence
— fût-elle symbolique — au compromis social
— fût-il accepté la mort dans l’âme.
Laurence
Bertrand Dorléac