ARTS & SOCIÉTÉS
 

LETTRE DU SÉMINAIRE 18

Centre d’Histoire de Sciences Po

 
 
 

OPACITÉS DE LA TECHNIQUE



Vidéogramme de Goldeneye, (Martin Campbell, 1995), édition DVD MGM 2007.


André Gunthert
La transparence voilée, ou la couleur du temps qui passe.


Christian Walter
Technologies d'enregistrement et images de l'incertitude.


Direction : Laurence Bertrand Dorléac
Rédaction : Élodie Antoine
Traduction : David Ames Curtis

LETTREs PRÉCÉDENTEs

L'INFLUENCE DES SAINTS-SIMONIENS ET L'IDÉE D'UN ART EN AVANT-GARDE DE LA RÉFORME DU MONDE

la morale du corps

masculins feminins

L'enfant modèle

Le beau et l'utile

ENTRE UTOPIE ET MARKETING, LES NOUVEAUX PUBLICS

Le marché, à l'origine

le voyage des avant-gardes

Les grandes expositions

Qu'est-ce qu'un art social ?

PRIMITIVISMES

réalismes

Joseph beuys : la fabrique d'un chaman

L'artiste et le philosophe

appropriations



 
EDITORIAL


        La singularité de la technique, c’est peut-être d’avoir l’air objectif et intemporel quand la réalité démontre tout le contraire : elle obéit comme le reste à l’histoire et aux conventions. André Gunthert revient sur les arguments qui pourraient nous inviter à rallier le terrain de l’histoire déserté par les partisans du formalisme. A travers des exemples connus auxquels nous n’avions jamais vraiment prêté attention sous l’angle de la technique, il rappelle que toute opération d’enregistrement perçue comme transparente au moment où elle s’effectue a tendance à s’opacifier au fur et à mesure que cette opération s’éloigne dans le temps. En fait, la redéfinition de la technique n’a pas de fin ni les variations du goût par nature provisoire dont elles dépendent. Rien n’a lieu sans un minimum de consensus historique dont le plus durable est bien de voir garantir tous les aspects d’immédiateté et de transparence possibles.
        Christian Walter étend la réflexion sur la fausse neutralité de la technique à l’économie. En l’occurrence, il montre qu’un marché dépend de son enregistrement. La crise boursière récente lui aurait donné raison quand il insiste sur la nature de l’appréhension de l’incertitude du monde économique et financier, par une modélisation probabiliste datée des années 1960 et reposant sur des conceptions statistiques héritées du 19e siècle. Selon lui, les pratiques qui en découlent seraient inaptes à prendre en considération des phénomènes actuels majeurs : les emballements de l’opinion et les crises de liquidité. Plaidant pour « une bonne image » de l’incertitude, il éclaire le rôle de la représentation, en économie comme ailleurs.
        Les deux auteurs démontrent chacun à leur façon, en partant d’objets très différents, combien la technique joue un rôle puissant : faussement innocente, elle gagne aussi longtemps que le spectateur n’a pas envie de savoir ce qui se cache derrière ses filtres.

Laurence Bertrand Dorléac




Lettre publiée avec le concours de la Fondation de France

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