« Il dépend de celui
qui passe
Que je sois tombe ou trésor,
Que je parle ou me taise,
Cela ne tient qu'à toi :
Ami, n'entre pas sans désir.»
Paul Valéry
« L’œuvre d’art
considérée en tant que bien symbolique n’existe
comme telle que pour celui qui détient les moyens de
se l’approprier, c’est-à-dire de la déchiffrer.
» Pierre Bourdieu (1)
Près
de quarante années sont passées depuis la publication
du livre de Pierre Bourdieu et Alain Darbel, L’amour
de l’art (2), dont les conclusions avaient révélé
et chiffré une réalité qui n’était
pourtant pas inconnue : la très faible mixité
sociale du public des musées. Les politiques culturelles
et les discours sur la démocratisation de l’art,
l’évolution des musées et l’apparition
puis le développement de structures nouvelles ont pu
donner un temps l’impression que l’état des
lieux dressé par Bourdieu et Darbel appartenait à
l’histoire. Les files d’attente qui s’allongent
devant les grandes expositions, comme les millions de visiteurs
comptabilisés lors des « Journées du Patrimoine
», prouveraient l’avènement d’un public
de masse, converti à des pratiques culturelles longtemps
réservées à une élite.
Pourtant, la
question des publics de l’art telle qu’elle se pose
aujourd’hui ne saurait se résumer à une
opposition frontale entre le fantasme d’un public instruit
et illimité (« the unlimited audience »,
comme le pointait ironiquement l’architecte Rem Koolhaas
à la dernière Biennale de Venise (3)) et le constat
désillusionné d’un maintien fatal des inégalités.
Au-delà des héritages construits par les politiques
publiques et des concepts forgés par les sciences humaines,
quel regard peut-on porter sur les évolutions du public
? C’est aussi au prisme de deux expériences singulières—l’aventure
du service des publics du Palais de Tokyo et la création
d’une collection d’initiation à l’histoire
de l’art pour les adolescents—que nous essaierons
de démêler les présupposés de l’inconsistance
ou de la tyrannie, les images de l’angélisme et
du cynisme, de l’utopie ou du marketing.
Le public inventé hors de l’Etat
Tout en plaçant
le public au cœur de ses missions, l’Etat va l’exclure
en pratique. Philippe Urfalino a bien démontré
comment le ministère des affaires culturelles privilégie
le contact direct du citoyen avec l’œuvre contre
les modèles d’éducation populaire et d’éducation
nationale. Parallèlement à cette relation, il
affiche de 1959 à 2002 son objectif « de rendre
accessibles au plus grand nombre les œuvres capitales de
l’humanité ». (4)
Mais la construction
du ministère par disciplines (lettres, musique, etc.)
laisse peu de place à un mouvement transversal en direction
des publics, les artistes et les professionnels de la culture
devenant les destinataires naturels des politiques culturelles.
Les secteurs de l’«action culturelle » et
du « développement culturel » sont ballottés
et renommés au gré des changements politiques,
et seuls des missions ou des rapports s’intéressent
directement aux handicapés, aux ruraux ou aux détenus.
Il faut attendre 1991 pour voir le mot public figurer
dans un organigramme, à la direction des musées
de France !
Le public est
plutôt inventé en dehors de l’Etat, par les
chercheurs, qui démontrent l’inefficacité
des politiques culturelles, et par les enseignants détachés
dans les services pédagogiques des musées. Mais
le public est surtout bricolé par les institutions
culturelles directement confrontées à sa réalité
ou son absence.
À l’opposé
du public idéal du musée imaginaire, les expositions
universelles modifient l’échelle du mot (6 millions
de visiteurs à Londres en 1852), cherchent à concilier
détente et culture, et inventent l’art de la scénographie.
En 1937, René Huyghe, conservateur au Louvre s’intéresse
au « bien-être du visiteur » et la muséographie
se développe au Palais de Tokyo avec l’exposition
Van Gogh, «associant les œuvres elles-mêmes
aux documents sur l’homme et l’évolution
de son art ». Les réflexions contemporaines de
George-Henri Rivière sortent l’objet d’art
de sa sacralité pour orienter l’exposition davantage
vers un dialogue avec le visiteur, conférant au musée
un rôle social.
Pour Laurent
Fleury, c’est Jean Vilar qui invente le public comme catégorie
d’action au Théâtre national populaire
entre 1951 et 1963. Le public y est tout à la fois pensé
comme un objectif et la somme d’actions concrètes
: adaptation des horaires de spectacle, gratuité des
vestiaires, interdiction des pourboires, mise à disposition
d’un restaurant et d’un orchestre, avant-premières
réservées au public, formules d’abonnement,
espaces de sociabilité (bals, banquets, week-ends, nuits).
Ces choix seront institutionnalisés par le Centre Pompidou,
des portes d’entrée aux horaires étendus,
de la carte d’adhésion au système des correspondants,
entreprise citoyenne à développer des visiteurs.
Le tournant des années 1980-2000
Avec un accroissement
sans précédent de son budget, le ministère
de la culture a appréhendé le public sous l’angle
des équipements, considérant que les pratiques
se développeront avec l’accroissement du nombre
d’institutions : les centres d’art et les FRAC sont
alors sortis de terre. Lieux de vie, les musées se sont
modernisés, dotés de restaurant, cafétéria,
librairie, boutique, espaces de repos, etc. Par ailleurs, communication
et culture réunies dans le même ministère,
les opérations comme les journées, les
fêtes et autres nuits se sont multipliées,
rencontrant un réel succès. Ce mouvement voit
son apogée avec l’adoption en 2002 de la «
loi Musées » proposant de « placer, de manière
aussi claire et concrète que possible, la relation avec
le public au cœur de la vocation du musée ».
Une économie mixte de la culture
La politique
culturelle de Malraux s’était définie «
contre les effets supposés désocialisants de la
consommation de masse»(5) et Claude Fourteau souligne
en 1999, « la très forte résistance à
la pression d’une massification dont on craint qu’elle
ait pour conséquence une baisse du niveau scientifique,
un appauvrissement de la liberté de choix d’expositions
ou d’éditions. »(6)
Mais en 2005,
le ministère se retrouve concurrencé par des formes
de culture (cinéma, musique, loisirs) qui ont adopté
les lois du marché. Par ailleurs, les musées ont
des besoins nouveaux de financement dûs à l’augmentation
des coûts de production des expositions, mais aussi à
la nécessité de couvrir la prise de risque sur
des projets plus pointus. C’est pourquoi de grands musées
utilisent naturellement le marketing, fondant leur communication
sur des études de marché et des analyses du comportement
des visiteurs. Mixant valorisation du patrimoine et industries
des loisirs, de plus en plus de structures brouillent la très
française distinction public /privé, comme par
exemple le mémorial de Caen ou la société
Culture Espace, filiale du groupe Suez.
Le public, lui,
ne choisit pas entre une culture subventionnée par l’Etat
et une culture diffusée par des entreprises privées
: il navigue entre l’achat de disques à la FNAC
et la visite d’un château aux journées du
patrimoine. Le sociologue Bernard Lahire constate que «
la frontière entre la légitimité culturelle
(la haute culture) et l’illégitimité culturelle
(« la sous-culture », le simple divertissement)
ne sépare pas seulement les classes, mais partage les
différentes pratiques et préférences culturelles
des mêmes individus, dans toutes les classes de la société
». Il démontre que les profils dissonants (la
pratique hétérogène d’activités
très et peu légitimes) sont majoritaires, retournant
d’un seul coup les théories de classe développées
par Bourdieu et Darbel.
L’art pour guide, un éditeur privé
face à un nouveau public
En décembre
2000, Jack Lang, ministre de l’Éducation nationale
et Catherine Tasca, ministre de la Culture, annoncent le lancement
d’un plan pour les arts et la culture à l’école,
qui doit, en cinq ans, jeter les bases d’une véritable
éducation artistique, c’est-à-dire achever
un chantier ouvert depuis plus de trente ans.(7)
Au-delà
des multiples actions entreprises dans les établissements
(classes à PAC, rencontres avec les artistes, chorales,
etc…), cette réforme s’est accompagnée
d’une ambitieuse politique de coédition, via le
Centre National de Documentation Pédagogique (CNDP-SCÉRÉN),
avec des éditeurs privés. C’est dans ce
cadre qu’est né, avec les Éditions Gallimard,
le projet de créer une collection d’initiation
à l’histoire des arts pour les collégiens
et lycéens, à travers les académies. Ce
sera L’art pour guide.(8)
Cette collection
a le mérite d’illustrer certains des aspects et
contradictions que peut revêtir la question des publics
de l’art aujourd’hui.
D’abord
par le fait que les clivages entre public et privé ne
sont pas toujours si tranchés qu’on le croit parfois.
Cofinancée à moitié par une institution
publique (le CNDP), encouragée aussi par des organismes
publics (aide du Centre National du Livre et mécénat
de la Caisse des Dépôts et Consignations), L’art
pour guide n’en est pas moins publié par
un éditeur privé, qui n’a donc pas vocation
à publier des livres à perte. Or cette collection
répond en quelque sorte à une mission—atteindre
le public adolescent, quasiment absent des musées quand
il n’est pas « captif » (en classe)—dont
les retombées commerciales ne sont pas garanties. Pour
cela, il faut inventer une façon de transmettre l’histoire
de l’art qui soit à la fois irréprochable
sur son contenu et sa dimension pédagogique, mais qui
sache en même temps toucher son public, le séduire.
La volonté d’aller vers un public « nouveau
» implique donc un mélange d’utopie («
intéresser les adolescents à l’art »)
et de pragmatisme économique (« vendre des livres
»).
La course à
l’audimat entamée par certains musées montre
combien la balance peut pencher d’un côté
plus que de l’autre. Toutefois, penser leur réconciliation,
et surtout leur nécessaire articulation, semble être
l’un des enjeux majeurs que partage aujourd’hui
une grande partie du secteur culturel et artistique… forcé
de plaire, d’une certaine façon, sans pourtant
vendre son âme au diable.
Le Palais de Tokyo, des relations différentes
avec les visiteurs
De son côté,
le Palais de Tokyo accroît ses ressources propres par
la location de ses espaces pour des événements
parfois ouverts au public et touchant à la création.
La Hype Gallery s’est ainsi tenue en novembre
2004, offrant la possibilité à chacun de voir
son dessin, son film ou sa photographie exposé au Palais
de Tokyo. Destinée aux amateurs ou jeunes artistes méconnus,
cette galerie géante a été inventée
par la société Publicis pour valoriser le matériel
d’impression de la firme Hewlett Packard. Ayant rendu
le Palais de Tokyo gratuit un mois durant, cette opération
a contribué à faire venir plus de 30 000 visiteurs.
Mais ont-ils tous découvert les expositions en cours
? S’il n’existe pas de mauvaises manières
de venir à l’art, il faut s’assurer que la
rencontre s’effectue dans les meilleures conditions.
Inscrits dans
le courant d’approches sensibles de l’art et créés
à la faveur du programme des emplois jeunes et de la
crise de l’art contemporain, les médiateurs culturels
du Palais de Tokyo invitent les visiteurs à un regard
renouvelé et critique sur les expositions. Contemporains
de « l’esthétique relationnelle »,
ils intègrent régulièrement le dispositif
artistique.
Le forum
de discussion mis en place sur le site du Palais de Tokyo favorise
un dialogue permanent avec les usagers du centre d’art.
Tarif, programmation, budgets : aucune question n’est
taboue. La participation de la société civile
au fonctionnement de l’institution culturelle est un des
gages de développement des publics. Aux Etats-Unis comme
en Grande-Bretagne, les volunteers, bénévoles
chargés de l’accueil, intègrent les membres
des communautés généralement absentes des
musées.
Mêlant
distraction, esprit de jeu, histoire de l’art et interactivité,
le site d’initiation à l’art contemporain
Tokyoskool permet à un large public tenu éloigné
de Paris de découvrir le Palais de Tokyo. Une rubrique
permet même aux internautes de réaliser une action
ou un objet : les pratiques amateurs semblent incontournables
pour développer de nouveaux publics.
Construire un public
En 1989,
Bernard Faivre d’Arcier affirmait : «le public,
ça se conquiert »(9). On pourrait ajouter, «
ça se construit », avec l’utopie pour horizon,
et des instruments adaptés à une réalité
qu’il serait inconscient de nier, et qu’il s’agit
au contraire d’accompagner, de précéder.
Le rôle des enseignants, des musées, des éditeurs
n’est-il pas de préparer au moins la possibilité,
au mieux la probabilité, d’une rencontre avec l’art
? Car l’existence même d’un public formé,
curieux, réactif, conditionne aussi la possibilité
et la qualité des œuvres d’art à venir.
De cet
impératif n’est pas exclue la notion de plaisir,
que défendait Daniel Arasse, qui n’a cessé
de vouloir aller vers de nouveaux publics, dans une démarche
qui n’est pas si fréquente. Interrogé sur
« la volonté politique vis-à-vis de l’art
» et ses fins, il avait répondu (10):
« Je dirais : pour la mémoire. Pour que les gens
de quinze ans acquièrent une mémoire, qu’ils
aient conscience qu’ils ne sont pas simplement des produits
manipulés par de grosses entreprises, qu’ils sachent
qu’ils sont le point d’aboutissement d’une
très longue tradition qui les fait, et il vaut mieux
le savoir. C’est le fondement de la liberté, d’une
liberté de connaître que l’on est dans l’histoire,
que nous sommes des produits de l’histoire. »
Manière
de dire, in fine, qu’aller vers le public, éduquer,
c’est poursuivre une mission confiée à l’art,
mais qui ne saurait se réaliser sans volonté politique.
Notes
1. Pierre
Bourdieu, Alain Darbel (avec Dominique Schnapper), L’amour
de l’art. Les musées d’art européens
et leur public, Paris, Éditions de Minuit, 1966, p.
71.
2. Ibid.
3. Rem Koolhaas, Expansion/ Neglect,
38 estampes, 2 séquences, 2005, pour l’exposition
« Toujours plus loin » présentée à
l’Arsenal de Venise dans le cadre de la Biennale de Venise.
4. Décret du 15 mai 2002.
5. Philippe Urfalino, « L’invention
de la politique culturelle », Comité d’histoire
du ministère de la culture, travaux et documents n°3,
La documentation française, 1996, p.345.
6. Claude Fourteau, « Les attentes des
publics vis à vis des musées », dans Le
regard instruit. Action éducative et action culturelle
dans les musées, Le Louvre, conférences et
colloques, La documentation française, 2000. actes
du colloque organisé le 16 avril 1999, p.191-203.
7. La question de l’éducation artistique
remonte au moins à 1970. En 1977, René Haby, ministre
de Valéry Giscard d’Estaing, confie une mission en
ce sens à Jean-Claude Luc. François Mitterrand promet
une réforme en 1981, et Jack Lang y travaille avec Jacques
Sallois et Alain Savary. Une convention donne naissance en 1983
à des « classes culturelles », puis les missions
et rapports s’enchaîneront sans jamais aboutir vraiment
: Loi Léotard en 1988, mission Christine Juppé-Leblond
en 1993, etc. Le Plan « Arts et culture » est confié
en 2000 à Claude Mollard, directeur du Centre National
de Documentation Pédagogique ».
8. Trois volumes parus en avril 2005 : Bourgogne,
Provence, Paris.
9. Cité par Guy Saez, dans Les publics
de la culture, direction Olivier Donnat, Paul Tolila, Presses
de Sciences Po, 2003.
10. Sur l’art et les moyens de son
expérience. Pourquoi, comment rendre contemporain l’art
? Éléments de réflexion sur les
outils de transmission. Entretiens réalisés
par Christophe Domino pour « les Nouveaux commanditaires
» et la Fondation de France, avec notamment D. Arasse ,
K. Pomian, D. Riout, X. Douroux. www.nouveauxcommanditaires.com
Bibliographie
ANCEL, Pascale, PESSIN, Alain (dir.), Les
non-publics, les arts en réceptions, Paris, éditions
L’Harmattan, 2 tomes, 272 p. et 323 p.
DARBEL, Alain, BOURDIEU Pierre (dir.), L’Amour
de l’art, Les musées européens et leurs publics,
éditions de Minuit, collection le sens commun, Paris, 1966,
251 p.
DONNAT, Olivier, TOLILA, Paul (dir.), Les
publics de la culture, direction, Paris, Presses de Sciences
Po, 2003, 393 p.
FOURTEAU,
Claude (dir.), Les institutions culturelles au plus
près des publics, Le Louvre, conférences et
colloques, La documentation française, 2002, 280 p.
GALARD, Jean (dir.), Le regard instruit.
Action éducative et action culturelle dans les musées,
Le Louvre, conférences et colloques, La documentation française,
2000, 208 p.
GALARD, Jean (dir.), L'avenir des musées,
actes du colloque organisé au musée du Louvre par
le Service culturel les 23, 24 et 25 mars 2000, Paris, RMN, 2001.
LAHIRE, Bernard, La culture des individus,
Paris, éditions La découverte, 2004, 778 p.
LE GUERN, Philippe (dir.), Les cultes médiatiques
Culture fan et œuvres cultes, Rennes, Presses universitaires
de Rennes, collection Le Sens Social, 2002, 378p.
LISMONDE, Pascale, Les arts à l’école,
Paris, Gallimard, 2002, 254 p.
URFALINO, Philippe, L’invention de
la politique culturelle, Paris, La documentation française,
Comité d’histoire du ministère de la culture,
travaux et documents n°3, 1996, 361 p.
La revue Publics & Musées, n°1 à
n°18, 1992-2002 dirigée par Hana Gottesdiener et Jean
Davallon devenue Culture & Musées en 2004.
L’Opus 4, « La culture en partage » de la collection
Culture publique, Opus 4, éditions (mouvement)SKITe,
sens&tonka, 2005.
Collection Art pour
guide:http://www.gallimard.fr/collections/artpourguide.htm
Le
forum de discussion: www.palaisdetokyo.com/forum
Tokyoskool: www.palaisdetokyo.com/tokyoskool
David Cascaro: davidcascaro@palaisdetokyo.com
Les Nouveaux Commanditaires: www.nouveauxcommanditaires.com
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Fig.
1 Rem Koolhaas,
Expansion/ Neglect, 2005. Vue de l'exposition «
Toujours plus loin » , Biennale de Venise.
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Fig.
2 Médiation au Palais de Tokyo avec des scolaires,
Paris.
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Fig.
3 Médiateur (à droite) au Palais de Tokyo,
Paris.
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Fig.
4 Vue de la Hype Gallery au Palais de Tokyo, Paris, 2005.
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Fig.
5 Biennale de Venise 2005, vue de l'exposition "Toujours
plus loin" à l'Arsenal.
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