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L'ACTUALITÉ : YVES KLEIN ET SON JOURNAL DIMANCHE
Dans
un article publié en juillet 1960 dans la revue d’art
international Zero, Yves Klein s’est ainsi exprimé
sur l’impact de ses travaux :
« Toutes mes manifestations passées ont été
des ÉVÉNEMENTS. Lors de la première présentation
du « VIDE » en 1957 chez Colette Allendy, déjà
je libérais D’UN SEUL coup tout le théâtre
« THÉÂTRAL » de son joug MILLÉNAIRE
de la PERSPECTIVE ! »(1)
Dans ce passage, Klein fait référence à
la pièce vide présentée au premier étage
de la Galerie. Il s’agissait d’une œuvre invisible,
immortalisée à la fois à travers des photographies
et un film. L’une des séquences tournée
cette année-là montre Klein au milieu de l’espace
en question et indiquant d’un geste l’invisible
tableau ; dans les scènes suivantes, il mime les différentes
attitudes que pourrait adopter un spectateur, qu’il soit
artiste, amateur ou acheteur. Comme nous l’avons suggéré
dans un autre écrit*, cet espace, pénétré
de ce que Klein appelait la « sensibilité picturale
», n’est finalement pas tant vide que hanté
par le spectre d’Antonin Artaud.
Le fantôme d’Artaud
Le
67 rue de l’Assomption était à la fois l’adresse
de la galerie et celle du domicile de Colette Allendy, où
séjourna Artaud lors de ses visites à Paris, à
la fin des années 40. Colette Allendy voyait dans cette
hospitalité un moyen de continuer à soutenir l’auteur
sur les plans psychologique et matériel, à l’instar
des précédents occupants de la maison. Son défunt
mari, le docteur René Allendy, avait en effet reçu
Artaud comme patient tandis qu’Yvonne Allendy, sa sœur,
l’avait aidé dans le cadre de l’éphémère
Théâtre Alfred Jarry, dans les années 30(2).
Notre propos ne vise pas tant à corroborer ou à
réfuter l’invisible présence du fantôme
d’Artaud dans l’espace de sensibilité picturale,
mais à souligner que Klein a souvent fait intervenir
Artaud dans ses travaux, en pensée comme en personne,
un détail largement ignoré jusqu’à
ce jour par les études académiques consacrées
à l’artiste. Pour ne citer qu’un exemple,
durant la conférence qu’il donne à la Sorbonne
le 3 juin 1959, Klein joue l’enregistrement d’un
cri poussé par le critique d’art Charles Estienne,
d’un « cri monotone » par François
Dufrêne, et enfin d’un « très beau
cri » par Antonin Artaud(3).
Ne
voulant pas nous éloigner du thème de cette présentation,
nous n’aborderons pas en détail les écrits
d’Artaud sur le théâtre, ni les travaux réalisés
pour la radio à la fin des années 40, dont Pour
en finir avec le jugement de Dieu (1948). Nous nous contenterons
de rappeler que Le Théâtre et son double
(1938) s’est sans détour élevé contre
la subordination du théâtre au langage, pris dans
son double sens d’écriture et d’oralité.
Selon Artaud, le spectacle n’est pas conçu pour
être vu de loin par le spectateur, mais plutôt vécu
à partir de l’unique expérience spatiotemporelle
qu’il procure. D’où l’insistance d’Artaud
sur le fait qu’ « il n’existe aucun fossé
entre la vie et le théâtre »(4).
De
même qu’Artaud s’est aventuré au-delà
du théâtre psychologique, Klein a étendu
les limites de la peinture en privilégiant le combat
entre la couleur et la ligne, ce qui avait instauré,
comme il aimait à le dire, un « règne de
la cruauté »(5). Il s’est finalement éloigné
de la couleur pour se consacrer à la « sensibilité
picturale immatérielle ». Dans la citation ouvrant
cette présentation, Klein met en parallèle l’espace
de la peinture avec celui du théâtre : la peinture
et le théâtre se caractérisent tous deux
par un modèle établi d’observation par le
public, à partir d’un angle donné, et donc
de perpendicularité frontale entre le sujet spectateur
et l’objet du spectacle. Afin d’« échapper
à la transitivité linéaire de la confrontation
visuelle »(6) qu’implique la peinture, Klein s’est
attaché, tout comme Artaud, à abandonner l’espace
de la représentation pour celui de l’événement.
On ne saurait ignorer, dans les travaux de Klein, les différences
d’interprétation et les inversions de termes concernant
notamment le spectateur. Un aspect qu’il convient à
présent d’aborder.
Dimanche, le journal d’un seul jour
Yves
Klein s’est penché sur la question du spectateur
dans un journal en quatre pages intitulé « Dimanche,
le journal d’un seul jour », publié
à l’occasion du second Festival d’Art d’Avant-garde
de Paris. Craignant que sa production « théâtrale
» n’échappe aux regards, Klein choisit d’en
faire la publicité en parodiant les canaux de communication
de masse, comme le Journal du Dimanche, supplément
dominical du quotidien parisien France-Soir. Il distribua son
journal à divers kiosques parisiens, le 27 novembre 1960.
Dans un article intitulé « Actualité »,
Klein explique ce qui l’a amené à «
présenter une ultime forme de théâtre collectif
qu’est un dimanche pour tout le monde »(7) et déclare
que ce « jour de fête » est « un véritable
spectacle du vide »(8). Le théâtre de Klein
avait pour objectif « le plaisir d’être, de
vivre », son rayon devant ultimement être étendu
à « l’Univers entier »(9).
Si
les arguments de Klein rejoignent, dans une certaine mesure,
les travaux du sociologue américain Irving Goffman, dont
l’ouvrage intitulé The Presentation of Self
in Everyday Life (publié en 1956) présente
le quotidien comme une forme de « théâtre
», il convient surtout, dans le présent contexte,
d’observer les termes utilisés par l’artiste
dans son principal article, « le Théâtre
du Vide », et dans ses divers scénarii pour inscrire
son théâtre dans un contexte historique. Klein
a écrit : « Pour moi, « Théâtre
» n’est pas du tout synonyme de « Représentation
» ou de « Spectacle »(10), rejoignant ainsi
une longue lignée d’expérimentalistes de
l’Avant-garde et reniant toute relation de ses propositions
avec celles d’autres metteurs en scène comme Constantin
Stanislavsky ou son contemporain, Jacques Polieri(11). Klein
a également affirmé que son « œuvre
théâtrale n’a rien, absolument rien à
voir avec l’une quelconque de ces directions ou recherches
sauf, peut-être, avec celles d’Antonin Artaud, qui
sentait venir ce que je propose aujourd’hui ici. »(12)
Projets de scénario
Des
divers projets de scénario publiés par Klein se
dégage une volonté d’impact immédiat
et de communication directe. Dans Sensibilité pure,
Klein explique qu’au moment où les spectateurs
rejoignent leurs places, un homme annonce sur la scène
: « Mesdames et Messieurs, en raison des circonstances,
ce soir nous allons être contraints de vous enchaîner
chacun à vos sièges (et, de plus, vous bâillonner)
pour la durée de la représentation. Cette mesure
de sécurité est nécessaire, afin de vous
protéger contre vous-même en présence de
ce spectacle particulièrement dangereux d’un point
de vue affectif pur ! »(13). Tandis qu’un groupe
d’« enchaîneurs-bâillonneurs »
pénètre dans la salle, un pétillement se
met à remplir acoustiquement l’espace(14). Ce son
continue de se faire entendre durant la première partie
de la performance, tandis que la seconde reste silencieuse.
Ce n’est qu’au bout d’une heure entière
que les spectateurs sont libérés. Un autre exemple
révélateur est celui de la proposition faite par
Klein, dans le cadre de sa Stupéfaction monochrome,
selon laquelle les spectateurs sont « convoqués
dans une salle vide » où on leur distribue des
« pilules bleues à consommer sur le champ. Deux
ou trois minutes plus tard, les personnes ayant consommé
ces pilules tombent sous l’effet du stupéfiant(15)
». Sombrant dans une « agréable torpeur dynamique
», ils font l’expérience d’un «
bleu uni monochrome »(16).
Les
scénarii de Klein abordent le thème du corps :
un corps soumis par la force ou, parfois même, asservi
à la sensation par le biais d’une rupture incontestable
de la « barrière protectrice » qui sépare
traditionnellement les spectateurs de la scène. Klein
avait souhaité restituer dans ses œuvres une pureté
de présence qui ne connaisse pas la différence
et ne soit pas assujettie à la ligne, ce qu’il
appelait, rappelons-le, le « règne de la cruauté
». La vision qu’avait Klein du théâtre
n’en reste pas moins gouvernée par d’autres
techniques d’exercice du pouvoir, se ramenant ici à
un mode de réception forcée, subordonné
à Klein, le metteur en scène omnipotent. Les scénarii
de Klein supposent une agression immédiate, à
la fois externe et interne, de l’éventuel spectateur,
telle que l’avait déjà annoncée sa
production ritualisée du Vide à la Galerie
Iris Clert, en avril 1958.
Artaud
avait également vu dans l’esthétique un
moyen d’agresser son public ; il avait exprimé
son désir de « séduire la sensibilité
de l’audience » et « d’envelopper le
spectateur par les voies les plus physiques, le laissant plongé
dans un flot constant de lumières, d’images, de
mouvements et de sons »(17). Klein ayant par contre choisi
un journal comme support pour son œuvre, le lecteur n’est
pas tant contraint de vivre les événements proposés
par l’auteur et les fortes sensations qu’ils procurent
que d’en prendre connaissance de manière spectaculaire(18).
Ainsi, le mode privé de la lecture, inhérent au
journal de Klein, va à contre-courant de la libération
des sens souhaitée par Artaud. Cette différence
est particulièrement nette dans le film produit par Klein
à l’occasion de la sortie de Dimanche.
Avec Dimanche, Klein semble livrer son œuvre et
ses effets perceptibles intégralement au journal, usant
de son format mercantile et de son pouvoir informationnel.
Du fictif au réel
Cependant,
l’œuvre de Klein s’éloigne de la mimésis
ou de la simple identification au journal, principalement à
deux égards. Premièrement, l’excessif impact
physique auquel aspirent les propositions théâtrales
de Klein peut s’expliquer, sur le plan historique, à
la lumière des tensions provoquées par la guerre
d’Algérie. Klein passe par la fiction pour relayer
une violence dont la France ne voulait pas faire étalage
en automne 1960, exposant ainsi l’atmosphère de
l’époque sur la scène. Deuxièmement,
Klein a envoyé huit exemplaires de son Dimanche
au Ministère de l’Information, accompagnés
d’une lettre dans laquelle il précisait que cet
envoi était fait « conformément à
la loi »(19). Le journal de Klein cessa ainsi d’être
« faux » pour devenir « vrai », ayant
apparemment été inscrit auprès du ministère.(20)
En agissant « conformément à la loi »,
Klein établit le journal comme terrain de réglementation
du langage (on se souviendra à ce propos qu’à
peine trois mois plus tôt, le Manifeste des 121 avait
été interdit en France)(21).
Comme
en témoigne la citation préliminaire, Klein a
toujours soutenu que tous ses travaux avaient constitué
des « événements ». Nous souhaiterions
ajouter que l’« événement »
constitué par Dimanche réside moins dans
le contenu théâtral décrit ici que dans
la manière dont Klein a su tirer parti du potentiel des
conventions journalistiques, à savoir cartouche de titre,
article principal, photographies avec légendes, etc.,
prenant même le soin de reproduire la typographie caractéristique
du Journal du Dimanche(22). Pour que son œuvre
puisse prendre toute sa mesure (c’est-à-dire pour
que la publication de Dimanche constitue un événement
réel), Klein s’appuie non seulement sur les conventions
journalistiques mais également sur la loi, la mise à
la vente de Dimanche n’étant qu’un
moyen supplémentaire de légitimer son journal.
Les différentes étapes de l’échange
commercial sont retracées dans le film, qui montre comment
le « message » du journal est accueilli, de l’achat
à la lecture, par un destinataire potentiel.
Tout
comme l’équivoque « origine » introduite
dans Yves Peintures et l’immatérialité
dont se targue Le vide, Dimanche montre que les travaux
de Klein se « réalisent » parce que l’artiste
fait constamment appel aux conventions et au commerce, aux instances
politiques accréditées (le Ministère de
l’Information) et aux canaux économiques (le kiosque).
Klein s’assure ainsi non pas tant que ses événements
ne s’opposent pas à la représentation (un
objectif qu’avait poursuivi sans relâche Artaud,
en théorie comme en pratique), mais plutôt que
son œuvre ait un caractère sciemment performatif.
Dimanche s’appuie sans détour sur les
faits et pratiques gouvernant la présentation d’un
message, répondant à la fois à la convention
sociale et au rituel public.(23) Si Klein souhaitait que son
œuvre passe du domaine de la représentation à
celui de l’événement, soit du fictif au
réel, Dimanche a constitué un succès
théâtral en ce que Klein l’a rendu visible,
et donc légitime, en documentant et en commercialisant
l’actualité.
Notes
*
Cette présentation s’appuie sur notre essai «
Ghostly Presence », à paraître dans Yves
Klein: With the Void, Full Powers. Minneapolis, États-Unis,
Walker Art Center ; Washington DC, États-Unis, Hirshhorn
Museum and Sculpture Garden, 2010.
1. Yves Klein, « Truth Becomes Reality
», paru dans Zero, nš 3, juillet 1961. Repris
dans Overcoming the Problematics of Art: The Writings of
Yves Klein, traduit par Klaus Ottmann, Connecticut, États-Unis
: Spring Publications, 2007, p. 190. Pour la version en langue
française de ce texte et la plus récente compilation
des écrits d’Yves Klein, voir Yves Klein, Le
dépassement de la problématique de l’art
et autres écrits, Éditions Marie-Anne Sichère
et Didier Semin, Paris, France : École Nationale Supérieure
des Beaux-Arts, 2003, p. 287 (ouvrage ci-après désigné
par Le dépassement).
2. Camille Bryen rappelle que, durant la fin
des années 40, Colette Allendy accueillait Artaud lorsqu’il
était de passage à Paris. C’est dans le
jardin de sa maison que Raymond Hains, un ami de Klein, a fait
la rencontre d’Artaud. Voir à ce propos l’extrait
d’un texte écrit en 1976 par Camille Bryen et repris
dans Raymond Hains, Barcelone, Espagne : Musée
d'Art Contemporain de Barcelone, 2001, p. 16. Jacques Villeglé
le confirme (« Colette Allendy a hébergé
Antonin Artaud. ») dans un échange électronique
avec l’auteur le 9 mars 2009. Voir également les
remarques sur Artaud qu’il a portées dans ses Cheminements
1943/1959, Saint-Julien Molin Molette, France : Les Sept
Collines, 1999, pp. 29, 36–37 et 74. Nan Rosenthal explique
également que cet espace était situé dans
l’ancienne salle de consultation du docteur René
Allendy. Voir Nan Rosenthal, « Assisted Levitation »
dans Yves Klein, 1928–1962: A Retrospective,
Houston, États-Unis, Institute for the Arts, Rice University,
et New York : The Arts Publisher, 1982, p. 118. Nicolas Charlet
précise que « plusieurs témoins ont explicitement
entendu Klein évoquer le souvenir d’Artaud dans
la salle de l’étage supérieur. »,
Nicolas Charlet, Yves Klein, machine à peindre,
Grignan, France, Éditions Complicités et Colophon,
2003, p.78 (note 15).
3. Dans le journal qu’il a tenu en 1957,
Klein parle des enregistrements sur cassette de « cris
humains très longs et ininterrompus » qu’il
a joués dans le cadre de sa conférence-débat
à l’ICA de Londres, sans en identifier les auteurs.
Voir Le dépassement, p. 47. Nan Rosenthal a
émis l’hypothèse que le cri attribué
à Artaud et donné à entendre par Klein
durant sa conférence à la Sorbonne soit un faux,
considérant le fait qu’Artaud était décédé
en 1948. Néanmoins, il se peut que Klein ait obtenu ce
cri à partir d’un enregistrement. Voir Rosenthal,
« Assisted Levitation », p. 115.
4. Antonin Artaud, The Theatre and Its
Double, traduit par Victor Corti, Londres, Royaume-Uni,
Calder & Boyars, 1970, p. 84.
5. Le dépassement, p. 135.
6. Denis Hollier, « The Death of Paper,
Part Two: Artaud’s Sound System », October 80,
printemps 1997, p. 34.
7. Klein, « Dimanche, le journal d’un
seul jour », repris dans Le dépassement,
p. 174.
8. Ibid.
9. Ibid, p. 174–75.
10. Ibid., p. 177.
11. Klein aurait participé, en février
1956, à une réelle représentation théâtrale
: la mise en scène par Polieri d’Une voix sans
personne de Jean Tardieu (1954). Voir la note 60 dans Overcoming
the Problematics of Art: The Writings of Yves Klein, p.
103.
12. Klein, Le dépassement,
p. 179.
13. Voir Klein, « Sensibilité
pure » dans Le dépassement, p. 182–83.
14. Ibid.
15. Voir Klein, « Stupéfaction
monochrome », dans Le dépassement, p.
195.
16. Ibid.
17. Artaud, The Theater and Its Double,
p. 63 et Artaud, tel que cité dans « The Death
of Paper », Hollier, p. 34.
18. De ce fait, les événements
décrits au fil des pages de Dimanche se rapprochent
de ce que Guy Debord qualifie de « pseudo événements
». Selon Debord, « les pseudo événements
qui se pressent dans la dramatisation spectaculaire n’ont
pas été vécus par ceux qui en sont informés.
» Guy Debord, La Société du Spectacle
Paris, Buchet-Chastel, 1967.
19. Tel que cité par Rosenthal dans
« Assisted Levitation », p. 126. (Voir également
la note 145).
20. À la date de la rédaction
du présent essai, nous ne sommes pas en mesure de confirmer
le fait que le ministère détienne des exemplaires
de Dimanche dans ses archives.
21. Signé par 121 intellectuels, en
majeure partie des artistes et des écrivains, ce manifeste
déclare notamment que la « résistance aux
pouvoirs publics est respectable ». Pour plus de détails
sur les conditions dans lesquelles le Manifeste des 121
a été interdit, voir le texte de Jean-François
Sirinelli, « La bataille des intellectuels français
» dans La France en Guerre d’Algérie,
Novembre 1954-Juillet 1962, coédité par Laurent
Gervereau, Jean-Pierre Rioux et Benjamin Stora, Paris, France,
Musée d’Histoire Contemporaine—BDIC, 1992.
22. Yves Klein a ainsi confirmé ce que
Nan Rosenthal avait qualifié de « tendance [à
produire des œuvres] au caractère frauduleux »
(Rosenthal, « Assisted Levitation », p. 128).
23. Introduite par J.L. Austin en 1955, la
théorie du langage performatif remet en cause celle d’un
langage purement descriptif et la dichotomie sous-jacente du
« vrai » et du « faux » pour analyser
la force du langage : la parole est vue comme capable de donner
vie aux choses qu’elle nomme. L’efficacité
performative découle ainsi d’une répétition
ritualisée des actes de langage jusqu’à
produire des effets réels dans des contextes donnés.
Voir J.L. Austin, How To Do Things With Words, Cambridge,
États-Unis, Harvard University Press, 1962. Notre ouvrage
intitulé Toward a Performative Realism: Art in France
1957–1963, Princeton University, Etats-Unis, Thèse
doctorale, 2007, traite de la façon dont le performatif
intervient dans l’œuvre d’Yves Klein et des
Nouveaux Réalistes.
Bibliographie
ARTAUD, Antonin, The Theatre and Its Double,
trans. Victor Corti, London: Calder & Boyars, 1970.
BOIS, Yve-Alain, “Klein’s Relevance
for Today,” in October, no. 119, winter 2007, p.
75–93.
BUCHLOH, Benjamin H.D., “Plenty or Nothing:
From Yves Klein’s Le vide to Arman’s Le plein”
[1998], in Neo-Avantgarde and Culture Industry, Cambridge
and London, MIT Press, 2000, pp. 257–283.
CHARLET, Nicolas, Yves Klein, machine à
peindre, Grignan, France, Éditions Complicités
et Colophon, 2003.
DEBORD, Guy, The Society of the Spectacle,
trans. Donald Nicholson-Smith, New York, Zone Books, 1995.
DERRIDA, Jacques, “La parole soufflé”
and “The Theater of Cruelty and the Closure of Representation,”
in Writing and Difference, trans. Alan Bass, Chicago,
The University of Chicago Press, 1978.
HOLLIER, Denis, “The Death of Paper, Part
Two: Artaud’s Sound System,” in October 80,
Spring 1997, p. 27–37.
KLEIN, Yves, Le dépassement de la
problématique de l’art et autres écrits,
eds. Marie-Anne Sichère and Didier Semin, Paris, École
Nationale Supérieure des Beaux-Arts, 2003.
KLEIN, Yves, Overcoming the Problematics
of Art: The Writings of Yves Klein, trans. Klaus Ottmann,
Connecticut, Spring Publications, 2007.
RIOUT, Denys, Yves Klein: Manifester l’immatériel,
Paris, Éditions Gallimard, 2004.
ROSENTHAL, Nan, “Assisted Levitation,”
in Yves Klein, 1928–1962: A Retrospective, Houston,
Institute for the Arts, Rice University and New York, The Arts
Publisher, 1982.
SIRINELLI, Jean-François, “Les intellectuels
français dans la bataille,” in La France en Guerre
d’Algérie, November 1954-Juillet 1962, eds.
Laurent Gervereau, Jean-Pierre Rioux, et Benjamin Stora, Paris,
Musée d’Histoire Contemporaine—BDIC, 1992.
VILLEGLÉ, Jacques, Cheminements 1943/1959,
Saint-Julien Molin Molette, France, Les Sept Collines, 1999.
|
|
Fig.
1. Colette Allendy en face de sa maison et galerie, 67 rue
de l’Assomption, Paris 1957.
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| Fig.
2. Yves Klein, Yves Klein, propositions monochromes,
1957. Film enlargement.
(Filmed on the second floor of Colette Allendy’s exhibition
space)
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Fig.
3. Yves Klein, Dimanche, 1960. Réalisation
Albert Weil, 4 minutes. Film enlargement.
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| Fig.
4. Yves Klein, Dimanche, 1960. Réalisation
Albert Weil, 4 minutes. Film enlargement.
|
 |
| Fig.
5. Yves Klein, La conférence à la Sorbonne,
3 June 1959. |
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